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La solidarité dans les épreuves, ça change tout !


Deuil, maladie ou crise du Covid-19 : quelles que soient les difficultés, l'altruisme nous aide à sortir de nos ruminations, à dépasser la souffrance et nous ouvre de nouvelles perspectives. Témoignages et décryptage.

La solidarité ? Un mot qui résonne fort quand le monde autour de nous commence à vaciller. Peut-être parce que ce"sentiment d'un devoir moral envers les autres"(selon la définition du Larousse) se réveille souvent dans l'adversité. Alors qu'on éprouve soi-même angoisse, peur ou chagrin, prendre soin de plus démuni que soi, donner de son temps pour rendre la société plus juste devient alors une nécessité, une urgence. Bien sûr, le sort de ceux qui profitent de cet élan de générosité s'en trouve amélioré. C'est le but, mais l'existence de ceux qui se mettent au service de leurs congénères se voit également confortée, apaisée, recentrée. Comme si se montrer solidaire dans l'épreuve permettait de renouer avec ses forces vitales. Les Anglo-Saxons appellent cela le"helper’s high"(l’euphorie de celui qui aide). La pandémie decoronavirus nous en a fourni la confirmation. Bien que soumis à un stress énorme, les Français ont plus que jamais éprouvé la nécessité d'aider ceux qui se trouvent dans une situation identique ou pire que la leur. Un mois après le début du confinement, le Secours populaire avait ainsi enregistré une hausse de 10 % du nombre de ses bénévoles. Mais qu’est-ce qui pousse certains à se démener ?


Sortir de l'impuissance, se sentir utile


Deuil, maladie, perte de travail… L'infortune qui s'abat sur nous génère souvent une période de sidération. On se sent écrasé par l’événement, complètement démuni, et on ressasse ses insatisfactions et ses afflictions.

Cependant, porter son regard sur des difficultés – parfois plus grandes que les nôtres – peut s'avérer un moyen de sortir de notre léthargie éprouvante.

"Ceux et celles qui décident de saisir l’opportunité de rebondir dans un moment douloureux ont compris, plus ou moins consciemment, que le sens de la vie, c’est la vie elle-même,commente la psychanalyste Luce Janin-Devillars. Que le temps les aidera à faire leur travail de deuil mais, qu’en attendant, la vie n’attend pas, ni pour eux, ni pour leurs proches, ni plus largement pour tous ceux qui sont dans le besoin."C'est aussi ce que raconte Isabelle. Cette commerciale marseillaise hyperactive de 58 ans a d'abord très mal vécu l'annonce du confinement. Fraîchement divorcée, loin de son fils qui fait ses études au Québec, empêchée de voir sa mère en Ehpad, se retrouvant au chômage partiel avec le risque de perdre un emploi qu'elle venait tout juste de retrouver, elle s'est sentie seule, abandonnée, en colère."Il fallait que j'agisse, que je sorte de mes ruminations. Sur les conseils de mon fils, j'ai apposé une feuille dans le hall de mon immeuble pour proposer de faire les courses des personnes fragiles ou âgées. Au bout de deux jours, j'ai eu un retour puis deux puis trois… Au final, j'ai mis en place tout un dispositif pour gérer l'approvisionnement d'une dizaine de personnes (j'habite une résidence et le bouche-à-oreille a fonctionné). Pas le temps de m'appesantir sur mon sort. J'ai rencontré plein d'autres vies que la mienne : toutes ces existences si proches de moi dont je n'avais absolument pas conscience quelques semaines auparavant… Quand je leur apportais les courses, il arrivait que l'on discute longuement (en respectant les gestes barrières évidemment !). Ça a été une période tellement riche émotionnellement. D'autant qu'ensuite, on s'est lancés dans la fabrication et la distribution de masques. Mes problèmes n'ont pas été réglés, loin de là, mais ils ont cessé d'occuper tout mon espace mental."


Rompre l'isolement, aller vers l'autre


Face au malheur, on a tendance à se replier sur soi, à tourner le dos au monde extérieur et à rentrer dans sa coquille. Rien de plus légitime. Pourtant, si traverser un temps de déprime, voire de dépression, peut s'avérer nécessaire pour retrouver son équilibre, sortir de la solitude et entretenir des contacts est un passage obligé pour se reconstruire pleinement. Et si faire preuve de solidarité permettait de mettre le pied à l'étrier ? Paulette en a fait l'expérience. À 78 ans, éprouvée par un cancer des poumons et souffrant de problèmes respiratoires, elle fait partie des personnes à risques. Elle s'est retrouvée recluse dans son deux-pièces, paniquée à l'idée d'être touchée par le Covid-19. "J'étais seule chez moi, à regarder les chaînes d'info jusqu'à la nausée. Je me sentais isolée, impuissante, vieille. Je dépérissais… Ma voisine Isabelle, qui me livrait mes courses, m'a demandé si j'avais une machine à coudre. Oui mais ça faisait un moment qu'elle n'avait pas servi ! De là est parti le projet de fabriquer des masques (selon le modèle de l'Afnor) pour les gens de la résidence, les commerçants du quartier puis pour des Ehpad environnants !

À partir de là, j'avais un but, cela a structuré mes journées. J'ai eu plein d’échanges avec d'autres couturières via Facebook, on a échangé des tutos, des trucs, des astuces, des contacts pour se procurer des élastiques.

Je ne remercierai jamais assez Isabelle de m'avoir lancée dans cette aventure ! Je ne suis plus une vieille dame malade et assistée, mais je participe à l'élan de solidarité qui permet à la société de continuer de tourner. Une participation certes modeste mais qui me permet de me sentir utile, en vie, capable de déployer énergie et détermination."


Apaiser l'angoisse, détourner de la douleur

La leçon que l'on peut tirer d'une épreuve, quelle qu'elle soit, c'est que nous avons besoin les uns des autres.

La psychanalyste Luce Janin-Devillars rappelle qu’à l’occasion du confinement, "nous avons dû renoncer à une grande part de notre liberté individuelle. Cela nous a amenés à nous décentrer, à penser à l'autre. Cette expérience nous a forcés à sortir de l'individualisme et du narcissisme pour réaliser à quel point l'être humain est un animal grégaire. Prendre conscience de notre co-dépendance et de la possibilité d'y trouver du plaisir peut être une source de grande force." Il y a six ans Guillaume, 73 ans, a perdu sa femme atteinte d'une maladie dégénérative. Dès les premiers symptômes, celle-ci l'a enjoint de s'engager dans une association de soutien scolaire pour les élèves de quartiers populaires. "Au départ, j’ai accepté pour lui faire plaisir. J'étais tellement inquiet pour elle ! Elle m'a convaincu en me disant qu'il fallait que je sorte de la maison, que je pense à autre chose. En fait, elle n'en pouvait plus de ressentir mon stress en permanence. Et c'est vrai que, très vite, les moments passés avec les jeunes ont été une bouffée d'oxygène dans notre vie. Quand je revenais à la maison, j'étais plus détendu, ça me détournait de mon angoisse. Surtout, on en parlait avec Violette : je lui racontais des anecdotes, elle me donnait des conseils (elle a été institutrice), on riait de mes énervements, on se réjouissait lorsqu'un élève ramenait une bonne note. Les gamins sont pleins de ressources. Ils n'en finissent pas de m'étonner. Même si leur vie est parfois très difficile, même s'ils peuvent être des sacrées têtes de bois, ils ont une manière d'aborder le monde qui me désarme. Ils ne sont jamais là où on les attend ! Violette était atteinte d'une maladie dégénérative : plus le temps passait, plus la situation était dure. Mais cet engagement auprès des jeunes défavorisés qu'elle avait à travers moi a été pour elle une porte ouverte sur le monde jusqu'à la fin. D'une certaine façon, en mourant, elle savait qu'elle me laissait entre de bonnes mains. De mon côté, côtoyer ces ados qui grandissent dans des situations parfois dramatiques m'a amené à développer une plus grande sagesse : je me suis efforcé d'accepter son départ sans le vivre comme une injustice. La semaine qui a suivi son enterrement, j'étais de retour à l'asso. Pour moi, c'était une façon de faire honneur à ce bel amour que nous avons eu la chance de partager pendant plus de trente ans !" (...)


Avoir bon cœur, c’est la santé !


Les travaux de Elizabeth Dunn, professeur de psychologie sociale à l'université de la Colombie-Britannique (Canada), ont montré les personnes les plus prodigues présentent des taux de stress et de pression artérielle plus bas, avec les conséquences que cela implique en matière de maladies cardio-vasculaires, de troubles du sommeil ou de douleurs articulaires. De même, une étude de l’université de Duke, aux États-Unis, s'est penchée sur les seniors bénévoles et a découvert qu'ils souffrent moins de dépression et de maladie d’Alzheimer.


Pensons d'abord à nous, soyons généreux !

Je te donne, je me donne !


Des chercheurs américains, allemands et suisses ont étudié ce qui se produit dans notre cerveau lorsque l'on partage. Les résultats d'imagerie médicale ont ainsi révélé que les personnes généreuses présentent une activité cérébrale supérieure dans la jonction temporo-pariétale et mettent en jeu des aires du circuit de la récompense. Faire preuve de solidarité envers les autres participe ainsi à la production de sérotonine, hormone responsable du sentiment de quiétude.


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